A 17 ans, Fatima annonce qu’elle veut se marier. Ma mère, aux anges, applaudit et couvre ma sœur de baisers en dansant autour d’elle. Le paternel, lui,
était méchamment embarrassé, il avait déjà programmé un deal matrimonial au bled avec mon cousin Messaoud.
- Il s'appelle comment ? demande-t-il
- Robert, répond fièrement Fatima
Ma mère s’arrête tout d’un coup de danser, comme paralysée, puis dans un hurlement elle crie :
- Nooooooooooonnnnn … c’est la malédiction ! Elle tombe à genoux et récite la Fatiha frénétiquement en me montrant du doigt.
A ce moment, j’avais l’impression de revivre un remake rifain de l’Exorciste. Je cherche de l’aide autour de moi, mais je ne vois que des regards de reproche. Même
mon père qui est à l’origine de la malédiction me regarde d’un drôle d’air.
Ma sœur, interloquée, prête à fondre en larmes, se tourne alors vers mon père :
- Mais papa, il s’appelle Robert comme mon frère. C'est ton fiiiiiiiils !
Mon père lui baragouine :
- Oui bien sûr que c'est mon fils… Mais il y a Robert et Roubir (c’est comme ça qu’il prononce mon prénom). C’est comme le Canada Dry. ça se ressemble mais l’un est
haram, l’autre pas.
Fatima qui n’y comprend que dalle se met à pleurer à son tour :
- Canada Dry ? Mais papa, Robert n’est pas canadien.
A court d’arguments, mon père tourne lâchement les talons m’abandonnant seul face aux deux femmes éplorées. Je console ma sœur comme je peux :
- Ecoute, Fatima. Robert c’est un prénom poisseux. Y a qu’un chômeur pour s’appeler comme ça, regarde-moi ! Pour
toute réponse, je reçois une gifle.
Les jours passèrent, plus personne ne m’adressait la parole. J’étais le pestiféré de la maison. Coupable de tous les maux de la terre. J’entre dans ma chambre bien décidé à en finir. Ma décision
est radicale, je ne reviendrai pas dessus. Je prends un stylo et une feuille de papier et j’écris mes dernières volontés :
« Moi dit Robert fils de Abdellah ben Mohamed dégoûté de la vie et poursuivi par la poisse a décidé en ce jour de mettre fin à mes … malheurs. Je m’appelle
Robert mais on m’appelle l’Arabe alors autant que je me prénomme El Arbi. Signé El Arbi, l’Arabe anciennement Robert»
Me rendant compte du ridicule de ce que j’avais écrit, je déchirai la lettre en mille morceaux. C’est alors que Fatima entra dans ma chambre. Elle arborait un joli
sourire, mais je restai sur la défensive. « Exit Robert ! », me dit-elle en m’enlaçant. Elle ne me laisse pas le temps de comprendre et s’en alla. Je la rattrapai dans la
cuisine ou elle s’entretenait avec ma mère.
- Comment s’appelle-t-il ? s’inquiètait maman.
- Il s’appelle Abdellah comme papa. Il n’est pas canadien, il n’est pas universitaire et encore moins au chômage, j’ai vérifié. Cette fois-ci personne ne
pourra me le refuser, avertit-elle fermement.
Le nouveau fiancé - reçut immédiatement le label de qualité « rdat el walida » suivi des youyous de circonstance.